vendredi 12 juin 2009

Hygiène 1ère partie : les uniformes

Appelés plus communément ici « scrubs » ou encore « pajamas », les uniformes se portent non seulement dans l'hôpital mais aussi à l'extérieur, comme dans les séries télévisées. Ne cherchez pas les caméras si vous êtes en visite à New York et que vous croisez quelqu'un en uniforme dans la rue ! Pratique choquante pour moi qui, lors de mes nombreux stages d’école d’infirmière, devais me changer même pour aller manger à la cafétéria. Ici, la plupart de mes collègues arrivent en scrubs au travail, après s’être habillés à la maison, puis repartent le soir sans se changer. Je suis une des seules infirmières à apporter mes tenues avec moi et à me changer dans l’unité. J’ai pourtant assez rapidement compris que rien n’était aménagé pour qu’on puisse se changer sur place. Pendant longtemps je me suis changée dans les toilettes en tentant des numéros d’équilibriste improbables pour que ni mes vêtements, ni mes tenues ne touchent le sol. Puis récemment, on nous a aménagé une pièce avec des casiers faisant office de vestiaire. Le seul petit problème est la température de cette pièce qui est proche de zéro, de quoi en décourager plus d’un ! Un des avantages certain de mettre sa tenue au saut du lit est le gain de temps et, pour des New-yorkais pressés, le temps n’a pas de prix. Certaines de mes collègues portent même leurs scrubs pour aller faire leurs courses les jours où elles ne travaillent pas !

Pourtant, de nombreuses études démontrent que nos uniformes sont des vecteurs d’infections. A l’automne dernier, le New York Times publiait un article intitulé : « The doctor’s hands are germ-free. The scrubs too ? » (Les mains des médecins n’ont pas de bactéries. Leurs uniformes non plus ?). Certains chiffres sont particulièrement effrayants. Une comparaison de la présence d’agents pathogènes sur les cravates portées par les médecins et celles des agents de sécurité à l’hôpital est faite : 50% des cravates de médecins étaient contaminées contre 10% seulement pour les agents de sécurité. L’auteur pointe également du doigt le fait qu’en Europe les uniformes sont généralement pourvus et entretenus par l’hôpital, alors qu’aux Etats-Unis tout est laissé à la charge de l’employé. Effectivement, j’ai dû acheter moi-même mes tenues et c’est moi qui me charge de leur entretien. Les règles concernant la tenue vestimentaire sont assez floues. D’ailleurs, la majorité des hôpitaux ne donnent aucune directive particulière en la matière. Chacun achète la couleur, la forme d’uniforme qui lui plaît. Certains portent même de simples tee-shirts !

L’article du New York Times donne par ailleurs l’exemple du Danemark, où les règles d’hygiène sont plus strictes notamment au niveau des tenues. Dans ce pays, moins de 1% des infections à staphylocoques sont des infections à bactéries résistantes contre plus de 50 % dans certains hôpitaux américains. L’auteur met en avant les budgets serrés des hôpitaux ou le manque de place pour des machines d’entretien. Il me semble tout de même que les frais engendrés par les infections nosocomiales, qui ne sont désormais plus remboursées par l’Etat mais à la charge de l’hôpital, devraient faire réfléchir l’administration…

Pour ne rien arranger, certains Américains, telle l’infirmière chargée de la lutte contre les infections nosocomiales dans mon hôpital, ont une fâcheuse tendance à considérer qu’aucune pratique venant de l’étranger ne peut être supérieure à ce qui se fait aux Etats-Unis. Pas facile d’établir un dialogue et de faire évoluer les mentalités dans ces conditions ! Ils auraient pourtant beaucoup à apprendre du système français où l’hygiène est le pilier de notre pratique quotidienne.

7 commentaires:

Mél a dit…

Coucou Hyacinthe
J avais ecris un article sur MA BLOUSE...si ça t interesse : http://melanieinfirmiere.blog.mongenie.com/index.php?idblogp=729800

Hallucinant les coup des scrubs aux USA qd même!!! Merci de nous eclairer sur ce genre de sujet que l on ignore!

IDE to RN a dit…

Merci Mel pour le lien sur ton site et ton article sur la tenue d'infirmière/er en France. J'ai trouvé les recommandations du CCLIN particulièrement intéressantes.
Travaillant aux Etats-Unis en tant qu'infirmière depuis plusieurs années, je me suis habituée à acheter mes tenues et à les laver. Je prends même du plaisir certains matins a choisir la couleur de ma tenue, une grande variété de coloris et de motifs existant! J'apprécie en fait de pouvoir m'exprimer un peu à travers certaines tuniques...
Mais je sais bien quel est le but premier des tenues d'IDE, qui n'est pas uniquement de permettre aux patients et aux familles de nous identifier. C'est pourquoi chacun doit se responsabiliser aux Etats-Unis, et veiller à posséder des chaussures spéciales pour le travail, à ne pas se rendre dans les lieux publics en tenue, et à laver ses tenues a une température suffisante par exemple.

C. a dit…

Très intéressant ton article Mel !
Je suis d'accord avec IDE, c'est super de pouvoir choisir la couleur, la forme de ses tenues. Je mets le lien vers l'article du New York Times pour ceux qui comprennent l'anglais :
http://www.nytimes.com/2008/09/23/health/23well.html?em

IDE to RN a dit…

Merci pour le lien sur l'article du New York Times.
J'ai oublie de preciser dans ma reponse du 23 juin que bien entendu, je deplorais le fait que les hopitaux americains ne fournissent pas nos tenues, et qu'il me semblait completement hallucinant que la plupart des IDE et aide-soignantes se balladent dans les rues en tenue!
Il est a noter, par contre,que les tenues des internes et du personnel de menage ou maintenance sont souvent fournies....

Hélène a dit…

Merci pour ces détails croustillants concernant les tenues des IDE aux USA. J'ai fait mon mémoire sur la place de la tenue dans la fonction d'IDE... Et tes infos me permettent de completer mes donnés pour la soutenance!!!
Merci!

Mélissa a dit…

Effectivement moi aussi quand j'avais fait mon stage optionnel de deuxième année au Canada, j'avais été choquée par ce fonctionnement!! Je ne comprends toujours pas comment des pays aussi développés fonctionnent de cette manière!!

Darkodar a dit…

On voit vraiment que les écoles sont différentes , vous êtes choquées qu'en Amérique on ne se change pas à l'hôpital, alors que nous c'est plus un inconvénient.
Je ne sais pas, ça serait plus compliquer.Je ne vois pas le problème d'arriver en uniforme à l’hôpital? En repartir je comprend, nous sommes contaminés et en effet ce serait pratique d'être bien équiper pour nous changer avant de repartir.
C'est votre employeur qui vous fournis vos uniformes?? Vous ne les choisissez donc pas? C'est dommage, c'est justement un plaisir que de mettre le plus bel uniforme de sa garde-robe!
Par contre lorsque je rentre de travailler je fais attention de ne pas m'arrêter et d'aller direct chez moi me changer sans tarder de prendre une douche.
Par contre on nous apprend en première année à ne mettre les chaussure de travail qu'au travail, et donc de se chausser à l'hopital et se les enlever avant de partir... Même si plus aucune infirmière ne le fait.

(Québec,Canada)